Élection présidentielle tchèque de 2018

Élection présidentielle tchèque de 2018
Président de la République
-
(1er tour)
-
(2e tour)
Type d’élection Élection présidentielle
Corps électoral et résultats
Inscrits 8 366 433
Votants 5 177 238
61,92 %  +0,6
Votes exprimés 5 148 141
Votes blancs et nuls 29 097
Miloš Zeman – Indépendant
Voix 1 985 547
38,56 %
 +14,4
Jiří Drahoš – Indépendant
Voix 1 369 601
26,60 %
Candidat arrivé en tête au premier tour par district.
Président de la République
Sortant
Miloš Zeman
(Ind., ex-SPO)

L’élection présidentielle tchèque de 2018 a lieu les 12 et (premier tour) et les 26 et (second tour).

Ce scrutin présidentiel intervient trois mois après des élections législatives ayant renouvelé le paysage politique tchèque. Il s'agit de la seconde élection présidentielle se tenant dans le pays au suffrage universel direct, la première ayant conduit à l'élection de Miloš Zeman, qui brigue un nouveau mandat.

Le second tour oppose Miloš Zeman à Jiří Drahoš.

Processus électoral[modifier | modifier le code]

Candidatures[modifier | modifier le code]

Le drapeau présidentiel tchèque.

La Constitution de la République tchèque, loi fondamentale du pays, détermine les conditions d'une candidature à l'élection présidentielle, régies par l'article 57(1) de ladite Constitution, qui dispose que « tout citoyen éligible au Sénat peut être élu président de la République » : en d'autres termes, tout citoyen détenant la nationalité tchèque et le droit de vote et ayant atteint au moins l'âge de quarante ans peut concourir à l'élection.

Toute candidature, pour qu'elle soit validée, doit obtenir l'appui d'au moins vingt députés, dix sénateurs ou 50 000 électeurs (acquis par signature). Les candidats ayant recueilli ces parrainages doivent ensuite les remettre au plus tard soixante-six jours avant le scrutin au ministère de l'Intérieur, qui doit les examiner, les approuver ou les rejeter si elles ne devaient pas être conformes à toutes les exigences légales. Ces dispositions juridiques concernent également le président de la République sortant en cas de sollicitation d'un second mandat.

Convocation du scrutin[modifier | modifier le code]

La convocation de l'élection présidentielle est régie par l'article 56 de la Constitution, qui prévoit notamment que « l'élection du président de la République se déroule dans les soixante derniers jours du mandat » du président sortant.

Le mandat du président sortant ayant commencé le , le deuxième tour du scrutin devrait normalement avoir lieu d'ici les 2 et , soit un peu plus de trente jours avant l'investiture du président élu, c'est-à-dire le . La convocation de l'élection présidentielle est une compétence du président du Sénat.

Modalités du scrutin[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la seconde a recourir au suffrage universel direct en République tchèque afin de pourvoir à l'élection du président du pays, les précédents présidents ayant été élus par les chambres du Parlement.

Si, au premier tour, aucun des candidats présentés ne recueille un résultat supérieur ou égal à la majorité absolue des suffrages exprimés, un second tour est convoqué dans les quatorze jours qui suivent, à l'issue duquel le candidat ayant recueilli la majeure partie des suffrages exprimés est proclamé élu par le président du Sénat.

Contexte[modifier | modifier le code]

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Andrej Babiš, président d'ANO, nommé président du gouvernement en .

Élu chef de l'État en janvier 2013, Miloš Zeman modifie le caractère de la fonction présidentielle, exercée par ses prédécesseurs de façon essentiellement symbolique et représentative, pour faire du chef de l'État un acteur central du jeu politique. L'opposition y voit une lecture trop personnelle de la fonction du président par son titulaire[1],[2]. En particulier, il s'oppose au gouvernement libéral de Petr Nečas, qui tombe en juin 2013. Il impose alors comme président du gouvernement l'économiste indépendant Jiří Rusnok[3] contre l'avis de la Chambre des députés, qui renverse le nouveau cabinet, avant d'être dissoute.

Pendant son mandat, Zeman s'oppose aux sanctions économiques décidées par l'Union européenne à l'encontre de la Russie après l'invasion de la Crimée par celle-ci. Ses prises de position les plus remarquées sont sur l'islam, qu'il présente comme une religion difficilement compatible avec la civilisation européenne[4]. Lors de la crise migratoire, alors que l'Union européenne suggère la répartition des réfugiés par quotas attribués aux pays membres, il se déclare opposé à l'accueil de réfugiés syriens sur le territoire tchèque, estimant qu'ils comptent des terroristes à la solde de l'État islamique[5].

Cette élection présidentielle prend place dans un échiquier politique bouleversé depuis les élections législatives d'octobre 2013. Lors de ces élections, la victoire relative des sociaux-démocrates du ČSSD est écartée par le succès du mouvement populiste ANO 2011, fondé et dirigé par l'influent milliardaire Andrej Babiš, proche de Zeman et novice en politique, souvent comparé à l'homme d'affaires italien Silvio Berlusconi[6]. Si le chef du Parti social-démocrate tchèque, Bohuslav Sobotka, a été désigné à la présidence du gouvernement, les sociaux-démocrates ont été rapidement dépassés, voire marginalisés par ANO 2011, leur principal partenaire de coalition.

Les élections législatives d'octobre 2017 donnent d'ailleurs une majorité au parti d'Andrej Babiš, loin devant les sociaux-démocrates, qui finissent en sixième position. Andrej Babiš est nommé chef du gouvernement par Miloš Zeman en décembre 2017, mais il ne parvient pas à rallier d'autres partis pour obtenir une majorité absolue, ce qui rend incertain son maintien à la tête du gouvernement après l'élection présidentielle de 2018.

De son côté, la droite peine à se remettre des conséquences du scandale de corruption qui lui a coûté le pouvoir en 2013 : plusieurs électeurs de l'ODS ont décidé de rallier ANO 2011 tandis que le parti centriste TOP 09 peine à faire entendre sa voix depuis le départ de son président et fondateur, Karel Schwarzenberg, défait par Miloš Zeman au second tour de la précédente présidentielle.

Enjeux internationaux[modifier | modifier le code]

Cette campagne présidentielle s'inscrit dans un contexte de crise migratoire et de grandes problématiques internationales, comme la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et la politique menée par les présidents américain, Donald Trump, et russe, Vladimir Poutine.

Candidats[modifier | modifier le code]

Neuf personnes remplissent les conditions requises pour se présenter à l'élection présidentielle[7].

Candidat Parti Précédentes fonctions Détail
Mirek Topolánek
(61 ans)
Indépendant
Soutenu par l'ODS
Sénateur pour Ostrava
(1996 – 2004)
Député
(2006 – 2009)
Président du Parti démocratique civique
(2002 – 2010)
Président du gouvernement
(2006 – 2009)
Candidature déposée avec le soutien de 10 sénateurs.

Il annonce qu'il se présente à l'élection présidentielle deux jours avant la clôture du dépôt des candidatures[8]. Il est partisan du maintien de la République tchèque au sein de l’Otan et souhaite réformer l'Union européenne, selon lui trop bureaucratique. Il se prononce pour l'interdiction de l'« islam politique » et de la charia[8]. Ses relations avec des lobbyistes et entrepreneurs controversés lui attirent des critiques[8].
Michal Horáček
(65 ans)
Indépendant
Aucune
Candidature déposée avec le soutien de 86 940 signatures d'électeurs.

Auteur, compositeur et entrepreneur, il annonce sa candidature le , après plusieurs mois d'hésitations, alors qu'il est en bonne position dans les sondages. Estimant que le président sortant n'a pas suffisamment exercé sa fonction « de manière décente, compétente et ouverte au peuple », il tient un discours pro-Union européenne et OTAN[9],[10]. Les intentions de vote en sa faveur déclinent au cours de l'année 2017.
Pavel Fischer
(52 ans)
Indépendant
Conseiller politique de Václav Havel à la présidence de la République
(1995 – 2003)
Ambassadeur en France
(2003 – 2010)
Candidature déposée avec le soutien de 17 sénateurs.
Jiří Hynek
(57 ans)
Parti des réalistes (Realisté)
Président de l'Association de l'Industrie de la Défense et de la Sécurité
(depuis 2011)
Candidature déposée avec le soutien de 29 députés
Petr Hannig
(71 ans)
Parti du Sens commun (Rozumní)
Président du Parti du Sens commun
(depuis 2002)
Candidature déposée avec le soutien de 26 députés.

Il annonce sa candidature le 19 juillet 2017[11]. Il tient un discours conservateur, eurosceptique et anti-immigration.
Vratislav Kulhánek
(74 ans)
Alliance démocratique civique (ODA)
Dirigeant de Škoda Auto
(1997 – 2004)
Président de la Fédération tchèque
de hockey sur glace

(2004 – 2008)
Candidature déposée avec le soutien de 24 députés.

Bien que son parti n'ait pas de parlementaires, il parvient à se présenter.
Miloš Zeman
(73 ans)
Indépendant
Soutenu par le SPO
Président du Parti social-démocrate
(1993 – 2001)
Président de la Chambre des députés
(1996 – 1998)
Président du gouvernement
(1998 – 2002)
Président du Parti des droits civiques
(2010)
Président de la République
(depuis 2013)
Candidature déposée avec le soutien de 103 817 signatures d'électeurs.

Président sortant, il exerce une influence plus importante que ses prédécesseurs sur la scène politique. Il s'oppose à une intégration européenne approfondie et à l'immigration musulmane.

Le , après plusieurs mois de suspens quant à sa décision, notamment en raison d'interrogations sur son état de santé, il annonce sa candidature à un second quinquennat[12],[13],[14]. Contesté par une opposition disparate, qui lui reproche aussi bien ses positions politiques que son comportement vis-à-vis des institutions, il est longtemps donné en tête des études d'opinion.

Sa candidature est soutenue par son parti et par plusieurs dirigeants du Parti social-démocrate tchèque et du Parti communiste de Bohême et Moravie[15],[16],[17]. Il reçoit également le soutien implicite du parti d'extrême droite Liberté et démocratie directe, qui renonce à présenter la candidature de son président, Tomio Okamura[18].
Marek Hilšer
(41 ans)
Indépendant
Aucune
Candidature déposée avec le soutiens de 11 sénateurs.

Il est le premier à annoncer sa candidature, en juillet 2016.[19],[20].
Jiří Drahoš
(68 ans)
Indépendant
Soutenu par KDU–ČSL et STAN
Président de l'Académie tchèque des sciences
(2009 – 2017)
Candidature déposée avec la soutien de 141 234 signatures d'électeurs.

Il apparaît comme le plus sérieux rival de Miloš Zeman au cours de l'année 2017[21]. Il tient un discours libéral et favorable à l'Union européenne.

Voulant peser dans la campagne présidentielle à venir, plusieurs partis ont fait savoir qu'ils avaient l'intention d'organiser des primaires, calquées sur les modèles américain et français. C'est notamment le cas d'ANO 2011, qui envisage de soutenir la candidature du président sortant, du ČSSD, du SPD et de l'ODS. Finalement, après sa victoire aux élections législatives de 2017, ANO renonce à organiser une primaire et ne soutient aucun candidat, bien que plusieurs de ses membres prennent position pour certains candidats.

Campagne[modifier | modifier le code]

Premier tour[modifier | modifier le code]

Le président Miloš Zeman refuse de participer aux débats télévisés et mène une campagne aux moyens limités[22].

Tous les candidats se disent opposés aux quotas obligatoires de répartition de migrants souhaités par les institutions européennes[8].

Entre-deux tours[modifier | modifier le code]

Pavel Fischer (10,2 %), Michal Horáček (9,2 %), Marek Hilšer (8,9 %), Mirek Topolánek (4,3 %) et Vratislav Kulhánek (0,5 %) appellent à voter pour Jiří Drahoš au second, ce qui donne un avantage à celui-ci alors que Miloš Zeman n'obtient le soutien que de Petr Hannig (0,6 %)[23].

Contrairement au premier tour, Miloš Zeman accepte de prendre part à un débat télévisé[24]. Il est attaqué par Jiří Drahoš sur son état de santé[24].

Résultats[modifier | modifier le code]

Résultats[25]
Candidats Partis 1er tour 2e tour
Voix  % Voix  %
Miloš Zeman Indépendant, soutenu par le SPO 1 985 547 38,56
Jiří Drahoš Indépendant, soutenu par KDU–ČSL et STAN 1 369 601 26,60
Pavel Fischer Indépendant 526 694 10,23
Michal Horáček Indépendant 472 643 9,18
Marek Hilšer Indépendant 454 949 8,83
Mirek Topolánek Indépendant, soutenu par l'ODS 221 689 4,30
Jiří Hynek Realisté 63 348 1,23
Petr Hannig Rozumní 29 228 0,56
Vratislav Kulhánek ODA 24 442 0,47
Suffrages exprimés 5 148 141 99,44
Blancs et nuls 29 097 0,56
Total des votants 5 177 238 61,92
Abstention 3 189 195 38,08
Nombre d'inscrits 8 366 433 100

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La Constitution tchèque à l’épreuve de la crise politique actuelle », Radio Prague, .
  2. « Le président Milos Zeman exacerbe la crise politique tchèque », Le Monde, .
  3. « Prague : un économiste à la tête d'un "gouvernement d'experts" », Le Monde, .
  4. (en) « Zeman: Islam is to blame for attack on Jewish Museum in Brussels », Prague Post, .
  5. « Le président tchèque Zeman opposé à "tout accueil de migrants" », Le Point, .
  6. « Andrej Babis, le "Berlusconi tchèque" qui veut éradiquer la corruption », La Tribune, .
  7. (cs) « Kandidáti na prezidenta České republiky ve volbách 2018 - E15.cz », Zprávy E15.cz,‎ (lire en ligne).
  8. a, b, c et d « Présidentielle tchèque. Qui sont les candidats face à Milos Zeman ? », sur ouest-france.fr, .
  9. « Un riche homme d'affaires et auteur de chansons candidat à la présidence tchèque », La Libre Belgique, .
  10. « Le compositeur Michal Horáček annonce sa candidature à la présidentielle », Radio Prague, .
  11. (cs) « Dalším uchazečem o post prezidenta je producent Hannig », sur Novinky.cz (consulté le 19 juillet 2017).
  12. (cs) Michal Půr, « Bude Zeman znovu kandidovat? Víme, co rozhodne », sur reflex.cz, .
  13. (cs) Viliam Buchert, « Průzkumy i sázkové kanceláře se mýlily v případě Trumpa i Hofera. Je dobré teď vsadit na Zemana? », sur reflex.cz, .
  14. « Miloš Zeman candidat à sa propre succession à la présidence de la République », Radio Prague, .
  15. (cs) « Další rozkol v ČSSD? Foldyna se kvůli Zemanovi postavil předsednictvu. A poslal důrazný vzkaz - EuroZprávy.cz », sur eurozpravy.cz.
  16. « Hašek a Zimola chtějí zachránit ČSSD. Zakládají platformu, podpoří Zemana », sur iDNES.cz, .
  17. (cs) « Zjišťovali jsme, kdo všechno podpoří Drahoše na Hrad proti Zemanovi. To budete koukat. A o Drahošovi jsme se dozvěděli tuto zásadní věc… », sur parlamentnilisty.cz.
  18. (cs) « Okamurovci podpořili Zemana na Hrad », sur novinky.cz, .
  19. (cs) « Umím jít s kůží na trh, říká nový kandidát na Hrad. Začal sbírat podpisy », sur iDNES.cz, (consulté le 1er janvier 2017).
  20. (cs) « Pražská kavárna má nového kandidáta na Hrad: Je to svlékající se aktivista! », sur Expres.cz, (consulté le 10 décembre 2017).
  21. (cs) « Prezidentské volby 2018 - výsledky voleb online - E15.cz », sur Zprávy E15.cz (consulté le 9 janvier 2018).
  22. (cs) « První souboj. Horáček mluvil o dezinfekci Hradu, Topolánek o roznětce jménem Zeman - Echo24.cz », Echo24,‎ (lire en ligne).
  23. (en) « Pro-Russian Milos Zeman faces tough run-off for Czech presidency », sur Financial Times.
  24. a et b « Présidentielle tchèque: le pro-russe Zeman face à un rival pro-européen au second tour », sur Le Figaro, .
  25. (en) « Election of the President of the Czech Republic held on 12–13 January 2018 », sur volby.cz.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Élection présidentielle tchèque de 2018
Président de la République
-
(1er tour)
-
(2e tour)
Type d’élection Élection présidentielle
Corps électoral et résultats
Inscrits 8 366 433
Votants 5 177 238
61,92 %  +0,6
Votes exprimés 5 148 141
Votes blancs et nuls 29 097
Miloš Zeman – Indépendant
Voix 1 985 547
38,56 %
 +14,4
Jiří Drahoš – Indépendant
Voix 1 369 601
26,60 %
Candidat arrivé en tête au premier tour par district.
Président de la République
Sortant
Miloš Zeman
(Ind., ex-SPO)

L’élection présidentielle tchèque de 2018 a lieu les 12 et (premier tour) et les 26 et (second tour).

Ce scrutin présidentiel intervient trois mois après des élections législatives ayant renouvelé le paysage politique tchèque. Il s'agit de la seconde élection présidentielle se tenant dans le pays au suffrage universel direct, la première ayant conduit à l'élection de Miloš Zeman, qui brigue un nouveau mandat.

Le second tour oppose Miloš Zeman à Jiří Drahoš.

Processus électoral[modifier | modifier le code]

Candidatures[modifier | modifier le code]

Le drapeau présidentiel tchèque.

La Constitution de la République tchèque, loi fondamentale du pays, détermine les conditions d'une candidature à l'élection présidentielle, régies par l'article 57(1) de ladite Constitution, qui dispose que « tout citoyen éligible au Sénat peut être élu président de la République » : en d'autres termes, tout citoyen détenant la nationalité tchèque et le droit de vote et ayant atteint au moins l'âge de quarante ans peut concourir à l'élection.

Toute candidature, pour qu'elle soit validée, doit obtenir l'appui d'au moins vingt députés, dix sénateurs ou 50 000 électeurs (acquis par signature). Les candidats ayant recueilli ces parrainages doivent ensuite les remettre au plus tard soixante-six jours avant le scrutin au ministère de l'Intérieur, qui doit les examiner, les approuver ou les rejeter si elles ne devaient pas être conformes à toutes les exigences légales. Ces dispositions juridiques concernent également le président de la République sortant en cas de sollicitation d'un second mandat.

Convocation du scrutin[modifier | modifier le code]

La convocation de l'élection présidentielle est régie par l'article 56 de la Constitution, qui prévoit notamment que « l'élection du président de la République se déroule dans les soixante derniers jours du mandat » du président sortant.

Le mandat du président sortant ayant commencé le , le deuxième tour du scrutin devrait normalement avoir lieu d'ici les 2 et , soit un peu plus de trente jours avant l'investiture du président élu, c'est-à-dire le . La convocation de l'élection présidentielle est une compétence du président du Sénat.

Modalités du scrutin[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la seconde a recourir au suffrage universel direct en République tchèque afin de pourvoir à l'élection du président du pays, les précédents présidents ayant été élus par les chambres du Parlement.

Si, au premier tour, aucun des candidats présentés ne recueille un résultat supérieur ou égal à la majorité absolue des suffrages exprimés, un second tour est convoqué dans les quatorze jours qui suivent, à l'issue duquel le candidat ayant recueilli la majeure partie des suffrages exprimés est proclamé élu par le président du Sénat.

Contexte[modifier | modifier le code]

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Andrej Babiš, président d'ANO, nommé président du gouvernement en .

Élu chef de l'État en janvier 2013, Miloš Zeman modifie le caractère de la fonction présidentielle, exercée par ses prédécesseurs de façon essentiellement symbolique et représentative, pour faire du chef de l'État un acteur central du jeu politique. L'opposition y voit une lecture trop personnelle de la fonction du président par son titulaire[1],[2]. En particulier, il s'oppose au gouvernement libéral de Petr Nečas, qui tombe en juin 2013. Il impose alors comme président du gouvernement l'économiste indépendant Jiří Rusnok[3] contre l'avis de la Chambre des députés, qui renverse le nouveau cabinet, avant d'être dissoute.

Pendant son mandat, Zeman s'oppose aux sanctions économiques décidées par l'Union européenne à l'encontre de la Russie après l'invasion de la Crimée par celle-ci. Ses prises de position les plus remarquées sont sur l'islam, qu'il présente comme une religion difficilement compatible avec la civilisation européenne[4]. Lors de la crise migratoire, alors que l'Union européenne suggère la répartition des réfugiés par quotas attribués aux pays membres, il se déclare opposé à l'accueil de réfugiés syriens sur le territoire tchèque, estimant qu'ils comptent des terroristes à la solde de l'État islamique[5].

Cette élection présidentielle prend place dans un échiquier politique bouleversé depuis les élections législatives d'octobre 2013. Lors de ces élections, la victoire relative des sociaux-démocrates du ČSSD est écartée par le succès du mouvement populiste ANO 2011, fondé et dirigé par l'influent milliardaire Andrej Babiš, proche de Zeman et novice en politique, souvent comparé à l'homme d'affaires italien Silvio Berlusconi[6]. Si le chef du Parti social-démocrate tchèque, Bohuslav Sobotka, a été désigné à la présidence du gouvernement, les sociaux-démocrates ont été rapidement dépassés, voire marginalisés par ANO 2011, leur principal partenaire de coalition.

Les élections législatives d'octobre 2017 donnent d'ailleurs une majorité au parti d'Andrej Babiš, loin devant les sociaux-démocrates, qui finissent en sixième position. Andrej Babiš est nommé chef du gouvernement par Miloš Zeman en décembre 2017, mais il ne parvient pas à rallier d'autres partis pour obtenir une majorité absolue, ce qui rend incertain son maintien à la tête du gouvernement après l'élection présidentielle de 2018.

De son côté, la droite peine à se remettre des conséquences du scandale de corruption qui lui a coûté le pouvoir en 2013 : plusieurs électeurs de l'ODS ont décidé de rallier ANO 2011 tandis que le parti centriste TOP 09 peine à faire entendre sa voix depuis le départ de son président et fondateur, Karel Schwarzenberg, défait par Miloš Zeman au second tour de la précédente présidentielle.

Enjeux internationaux[modifier | modifier le code]

Cette campagne présidentielle s'inscrit dans un contexte de crise migratoire et de grandes problématiques internationales, comme la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne et la politique menée par les présidents américain, Donald Trump, et russe, Vladimir Poutine.

Candidats[modifier | modifier le code]

Neuf personnes remplissent les conditions requises pour se présenter à l'élection présidentielle[7].

Candidat Parti Précédentes fonctions Détail
Mirek Topolánek
(61 ans)
Indépendant
Soutenu par l'ODS
Sénateur pour Ostrava
(1996 – 2004)
Député
(2006 – 2009)
Président du Parti démocratique civique
(2002 – 2010)
Président du gouvernement
(2006 – 2009)
Candidature déposée avec le soutien de 10 sénateurs.

Il annonce qu'il se présente à l'élection présidentielle deux jours avant la clôture du dépôt des candidatures[8]. Il est partisan du maintien de la République tchèque au sein de l’Otan et souhaite réformer l'Union européenne, selon lui trop bureaucratique. Il se prononce pour l'interdiction de l'« islam politique » et de la charia[8]. Ses relations avec des lobbyistes et entrepreneurs controversés lui attirent des critiques[8].
Michal Horáček
(65 ans)
Indépendant
Aucune
Candidature déposée avec le soutien de 86 940 signatures d'électeurs.

Auteur, compositeur et entrepreneur, il annonce sa candidature le , après plusieurs mois d'hésitations, alors qu'il est en bonne position dans les sondages. Estimant que le président sortant n'a pas suffisamment exercé sa fonction « de manière décente, compétente et ouverte au peuple », il tient un discours pro-Union européenne et OTAN[9],[10]. Les intentions de vote en sa faveur déclinent au cours de l'année 2017.
Pavel Fischer
(52 ans)
Indépendant
Conseiller politique de Václav Havel à la présidence de la République
(1995 – 2003)
Ambassadeur en France
(2003 – 2010)
Candidature déposée avec le soutien de 17 sénateurs.
Jiří Hynek
(57 ans)
Parti des réalistes (Realisté)
Président de l'Association de l'Industrie de la Défense et de la Sécurité
(depuis 2011)
Candidature déposée avec le soutien de 29 députés
Petr Hannig
(71 ans)
Parti du Sens commun (Rozumní)
Président du Parti du Sens commun
(depuis 2002)
Candidature déposée avec le soutien de 26 députés.

Il annonce sa candidature le 19 juillet 2017[11]. Il tient un discours conservateur, eurosceptique et anti-immigration.
Vratislav Kulhánek
(74 ans)
Alliance démocratique civique (ODA)
Dirigeant de Škoda Auto
(1997 – 2004)
Président de la Fédération tchèque
de hockey sur glace

(2004 – 2008)
Candidature déposée avec le soutien de 24 députés.

Bien que son parti n'ait pas de parlementaires, il parvient à se présenter.
Miloš Zeman
(73 ans)
Indépendant
Soutenu par le SPO
Président du Parti social-démocrate
(1993 – 2001)
Président de la Chambre des députés
(1996 – 1998)
Président du gouvernement
(1998 – 2002)
Président du Parti des droits civiques
(2010)
Président de la République
(depuis 2013)
Candidature déposée avec le soutien de 103 817 signatures d'électeurs.

Président sortant, il exerce une influence plus importante que ses prédécesseurs sur la scène politique. Il s'oppose à une intégration européenne approfondie et à l'immigration musulmane.

Le , après plusieurs mois de suspens quant à sa décision, notamment en raison d'interrogations sur son état de santé, il annonce sa candidature à un second quinquennat[12],[13],[14]. Contesté par une opposition disparate, qui lui reproche aussi bien ses positions politiques que son comportement vis-à-vis des institutions, il est longtemps donné en tête des études d'opinion.

Sa candidature est soutenue par son parti et par plusieurs dirigeants du Parti social-démocrate tchèque et du Parti communiste de Bohême et Moravie[15],[16],[17]. Il reçoit également le soutien implicite du parti d'extrême droite Liberté et démocratie directe, qui renonce à présenter la candidature de son président, Tomio Okamura[18].
Marek Hilšer
(41 ans)
Indépendant
Aucune
Candidature déposée avec le soutiens de 11 sénateurs.

Il est le premier à annoncer sa candidature, en juillet 2016.[19],[20].
Jiří Drahoš
(68 ans)
Indépendant
Soutenu par KDU–ČSL et STAN
Président de l'Académie tchèque des sciences
(2009 – 2017)
Candidature déposée avec la soutien de 141 234 signatures d'électeurs.

Il apparaît comme le plus sérieux rival de Miloš Zeman au cours de l'année 2017[21]. Il tient un discours libéral et favorable à l'Union européenne.

Voulant peser dans la campagne présidentielle à venir, plusieurs partis ont fait savoir qu'ils avaient l'intention d'organiser des primaires, calquées sur les modèles américain et français. C'est notamment le cas d'ANO 2011, qui envisage de soutenir la candidature du président sortant, du ČSSD, du SPD et de l'ODS. Finalement, après sa victoire aux élections législatives de 2017, ANO renonce à organiser une primaire et ne soutient aucun candidat, bien que plusieurs de ses membres prennent position pour certains candidats.

Campagne[modifier | modifier le code]

Premier tour[modifier | modifier le code]

Le président Miloš Zeman refuse de participer aux débats télévisés et mène une campagne aux moyens limités[22].

Tous les candidats se disent opposés aux quotas obligatoires de répartition de migrants souhaités par les institutions européennes[8].

Entre-deux tours[modifier | modifier le code]

Pavel Fischer (10,2 %), Michal Horáček (9,2 %), Marek Hilšer (8,9 %), Mirek Topolánek (4,3 %) et Vratislav Kulhánek (0,5 %) appellent à voter pour Jiří Drahoš au second, ce qui donne un avantage à celui-ci alors que Miloš Zeman n'obtient le soutien que de Petr Hannig (0,6 %)[23].

Contrairement au premier tour, Miloš Zeman accepte de prendre part à un débat télévisé[24]. Il est attaqué par Jiří Drahoš sur son état de santé[24].

Résultats[modifier | modifier le code]

Résultats[25]
Candidats Partis 1er tour 2e tour
Voix  % Voix  %
Miloš Zeman Indépendant, soutenu par le SPO 1 985 547 38,56
Jiří Drahoš Indépendant, soutenu par KDU–ČSL et STAN 1 369 601 26,60
Pavel Fischer Indépendant 526 694 10,23
Michal Horáček Indépendant 472 643 9,18
Marek Hilšer Indépendant 454 949 8,83
Mirek Topolánek Indépendant, soutenu par l'ODS 221 689 4,30
Jiří Hynek Realisté 63 348 1,23
Petr Hannig Rozumní 29 228 0,56
Vratislav Kulhánek ODA 24 442 0,47
Suffrages exprimés 5 148 141 99,44
Blancs et nuls 29 097 0,56
Total des votants 5 177 238 61,92
Abstention 3 189 195 38,08
Nombre d'inscrits 8 366 433 100

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La Constitution tchèque à l’épreuve de la crise politique actuelle », Radio Prague, .
  2. « Le président Milos Zeman exacerbe la crise politique tchèque », Le Monde, .
  3. « Prague : un économiste à la tête d'un "gouvernement d'experts" », Le Monde, .
  4. (en) « Zeman: Islam is to blame for attack on Jewish Museum in Brussels », Prague Post, .
  5. « Le président tchèque Zeman opposé à "tout accueil de migrants" », Le Point, .
  6. « Andrej Babis, le "Berlusconi tchèque" qui veut éradiquer la corruption », La Tribune, .
  7. (cs) « Kandidáti na prezidenta České republiky ve volbách 2018 - E15.cz », Zprávy E15.cz,‎ (lire en ligne).
  8. a, b, c et d « Présidentielle tchèque. Qui sont les candidats face à Milos Zeman ? », sur ouest-france.fr, .
  9. « Un riche homme d'affaires et auteur de chansons candidat à la présidence tchèque », La Libre Belgique, .
  10. « Le compositeur Michal Horáček annonce sa candidature à la présidentielle », Radio Prague, .
  11. (cs) « Dalším uchazečem o post prezidenta je producent Hannig », sur Novinky.cz (consulté le 19 juillet 2017).
  12. (cs) Michal Půr, « Bude Zeman znovu kandidovat? Víme, co rozhodne », sur reflex.cz, .
  13. (cs) Viliam Buchert, « Průzkumy i sázkové kanceláře se mýlily v případě Trumpa i Hofera. Je dobré teď vsadit na Zemana? », sur reflex.cz, .
  14. « Miloš Zeman candidat à sa propre succession à la présidence de la République », Radio Prague, .
  15. (cs) « Další rozkol v ČSSD? Foldyna se kvůli Zemanovi postavil předsednictvu. A poslal důrazný vzkaz - EuroZprávy.cz », sur eurozpravy.cz.
  16. « Hašek a Zimola chtějí zachránit ČSSD. Zakládají platformu, podpoří Zemana », sur iDNES.cz, .
  17. (cs) « Zjišťovali jsme, kdo všechno podpoří Drahoše na Hrad proti Zemanovi. To budete koukat. A o Drahošovi jsme se dozvěděli tuto zásadní věc… », sur parlamentnilisty.cz.
  18. (cs) « Okamurovci podpořili Zemana na Hrad », sur novinky.cz, .
  19. (cs) « Umím jít s kůží na trh, říká nový kandidát na Hrad. Začal sbírat podpisy », sur iDNES.cz, (consulté le 1er janvier 2017).
  20. (cs) « Pražská kavárna má nového kandidáta na Hrad: Je to svlékající se aktivista! », sur Expres.cz, (consulté le 10 décembre 2017).
  21. (cs) « Prezidentské volby 2018 - výsledky voleb online - E15.cz », sur Zprávy E15.cz (consulté le 9 janvier 2018).
  22. (cs) « První souboj. Horáček mluvil o dezinfekci Hradu, Topolánek o roznětce jménem Zeman - Echo24.cz », Echo24,‎ (lire en ligne).
  23. (en) « Pro-Russian Milos Zeman faces tough run-off for Czech presidency », sur Financial Times.
  24. a et b « Présidentielle tchèque: le pro-russe Zeman face à un rival pro-européen au second tour », sur Le Figaro, .
  25. (en) « Election of the President of the Czech Republic held on 12–13 January 2018 », sur volby.cz.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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